
La Formation spécialisée ministérielle (FSM) du 7 juillet 2026 a permis d’aborder plusieurs sujets majeurs en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail : bilan de la campagne d’évaluation des risques professionnels, exécution du budget SSCT, actualités de la prévention et politique ministérielle en matière d’amiante.
Si l’administration met en avant le développement de nouveaux outils, un budget conséquent et une politique de prévention qui se structure, notre organisation syndicale a rappelé que la santé au travail ne se résume ni à des tableaux de bord ni à des plateformes numériques. Derrière les indicateurs se trouvent des agents qui subissent quotidiennement des charges de travail croissantes, des restructurations permanentes et une dégradation de leurs conditions d’exercice.
Les risques psychosociaux demeurent la principale menace
Le bilan de la campagne 2025 d’évaluation des risques professionnels confirme une tendance désormais installée : les risques psychosociaux restent le premier risque auquel sont exposés les agents du ministère. Les situations liées à la surcharge de travail, aux exigences toujours plus importantes, au manque de reconnaissance, aux tensions dans les collectifs de travail ou encore aux difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle continuent de progresser.
Pour l’UNSA, ce constat n’a malheureusement rien de surprenant. Depuis plusieurs années, nous alertons sur les conséquences des suppressions d’emplois, de l’accumulation des réformes, de la multiplication des outils numériques et de l’intensification du travail. Les chiffres présentés par l’administration viennent aujourd’hui confirmer ce que les agents vivent quotidiennement.
Nous avons rappelé que la meilleure prévention des risques psychosociaux ne consiste pas uniquement à proposer des formations sur la gestion du stress ou le bien-être au travail. Elle passe avant tout par une organisation du travail soutenable, des effectifs adaptés aux missions et un management capable d’accompagner les équipes plutôt que de gérer la pénurie.
Un budget important… 12 millions , mais orienté vers les conséquences plutôt que vers les causes
Le point d’étape sur le budget Santé, Sécurité et Conditions de Travail montre que plus de douze millions d’euros sont consacrés à la prévention en 2026. Les principaux investissements concernent les achats de matériels ergonomiques, les aménagements de postes et les travaux d’amélioration des locaux.
Ces dépenses sont utiles et répondent à des besoins réels des agents. Elles permettent d’améliorer le confort de travail et de limiter certains risques physiques.
Mais nous avons souligné qu’elles répondent bien souvent aux conséquences de l’organisation du travail davantage qu’à ses causes profondes. La multiplication des fauteuils ergonomiques, des bras articulés ou des équipements informatiques témoigne surtout de l’évolution des métiers vers un travail toujours plus sédentaire, plus numérisé et plus intense.
Il faut qu’une part plus importante des crédits soit consacrée à la prévention primaire : études sur la charge de travail, amélioration des organisations, prévention des risques psychosociaux, renforcement des collectifs de travail et accompagnement des restructurations.
Le travail sur écran, symbole d’une transformation profonde des métiers
Le bilan budgétaire confirme que les dépenses liées au travail sur écran constituent désormais le premier poste d’investissement.
Cette évolution illustre la transformation rapide des métiers du ministère. Les agents passent une part toujours plus importante de leur journée devant des écrans, utilisent une multitude d’applications et subissent une sollicitation numérique permanente.
Nos organisations syndicales estiment que si les équipements ergonomiques sont indispensables, ils ne suffisent pas à répondre aux difficultés rencontrées. Les problèmes de surcharge informationnelle, de multiplication des procédures, de perte de sens du travail ou d’hyperconnexion ne se résoudront pas avec un meilleur fauteuil ou un écran plus grand.
Des outils numériques qui devront faire leurs preuves
L’administration a présenté plusieurs nouveautés destinées à renforcer la politique de prévention : le futur registre Santé et Sécurité au Travail (RSST) dématérialisé, la refonte du module de sensibilisation à la santé et à la sécurité au travail ainsi que la nouvelle rubrique dédiée sur Alizé.
Nous saluons ces évolutions qui devraient faciliter l’accès des agents aux outils de prévention.
Toutefois, nous avons rappelé qu’un outil informatique ne constitue jamais une politique de prévention à lui seul. Le registre dématérialisé ne sera utile que si les signalements sont traités rapidement, analysés sérieusement et suivis d’actions concrètes. De la même manière, un module de formation en ligne ne remplacera jamais le dialogue avec les acteurs de prévention, les visites de terrain ou la présence de managers formés aux enjeux de santé au travail.
Le climat change. Notre façon de protéger les agents doit changer aussi.
À l’occasion de cette Formation spécialisée ministérielle, l’UNSA a rappelé que le changement climatique n’est plus une perspective lointaine mais une réalité qui transforme durablement les conditions de travail des agents. Les épisodes de fortes chaleurs, désormais plus fréquents, plus intenses et plus longs, imposent de faire évoluer notre politique de prévention.
Nous avons défendu une approche fondée sur trois priorités : anticiper, adapter et investir.
- Anticiper, c’est intégrer durablement le risque climatique dans l’organisation du travail, les politiques de ressources humaines et les projets immobiliers.
- Adapter, c’est permettre une réorganisation rapide des activités lors des épisodes de chaleur, développer le télétravail lorsqu’il constitue une mesure de protection, renforcer les équipements des agents les plus exposés et limiter le travail isolé ou les activités extérieures lorsque les conditions deviennent dangereuses.
- Investir, enfin, c’est moderniser les bâtiments, améliorer leur performance thermique et créer de véritables espaces rafraîchis afin de garantir des conditions de travail compatibles avec les exigences de santé et de sécurité.
Dans cette logique, l’UNSA a demandé qu’un état des lieux exhaustif du patrimoine immobilier soit réalisé afin d’évaluer objectivement la capacité des bâtiments à protéger les agents lors des épisodes de fortes chaleurs. Nous avons également réaffirmé la nécessité de disposer d’un diagnostic national permettant d’identifier les locaux les plus exposés et de programmer les travaux nécessaires.
L’administration a répondu favorablement à cette demande. Elle a reconnu la nécessité de mieux intégrer les conséquences du changement climatique dans la gestion du patrimoine immobilier, qu’il s’agisse des bâtiments existants ou des futurs projets.
Elle s’est engagée à engager un premier travail de cartographie et d’état des lieux du patrimoine immobilier. Cette démarche doit permettre d’identifier les situations les plus sensibles, d’évaluer les besoins d’adaptation des locaux et de disposer d’une vision globale de l’état du parc immobilier face aux risques liés aux fortes chaleurs. Cette cartographie constituera la base des priorités d’intervention à venir.
L’UNSA prend acte de cette ouverture, qui répond à une revendication portée lors de cette instance. Pour autant, cette première étape devra rapidement se traduire par des mesures concrètes : un plan d’actions, un calendrier de mise en œuvre et des financements à la hauteur des enjeux.
Pour l’UNSA, la santé des agents ne doit jamais dépendre de la météo. Face aux effets du changement climatique, notre ministère doit désormais se donner les moyens de devenir un employeur exemplaire en matière de prévention, d’adaptation des conditions de travail et de protection de ses agents.
Passer enfin des constats aux décisions
Cette Formation spécialisée ministérielle confirme une réalité que plus personne ne peut aujourd’hui contester : les diagnostics sont posés, les risques sont identifiés, les obligations réglementaires se renforcent et les outils de prévention se multiplient.
Mais les agents ne travaillent ni dans des rapports, ni dans des tableaux de bord.
Ils travaillent dans des services confrontés à des effectifs insuffisants, à une charge de travail toujours plus importante, à des transformations permanentes, à des bâtiments parfois inadaptés et, désormais, aux conséquences concrètes du changement climatique.
L’heure n’est donc plus aux seuls constats. Elle est à l’action.
Les agents attendent des décisions courageuses : des effectifs à la hauteur des missions, des organisations du travail qui redonnent du sens, des investissements durables dans les conditions de travail, une véritable prévention primaire qui s’attaque aux causes des risques plutôt qu’à leurs conséquences, et une administration capable d’anticiper les défis de demain au lieu de les subir.
Pour l’UNSA, la santé, la sécurité et les conditions de travail ne sont pas des variables d’ajustement budgétaire ni de simples obligations réglementaires. Elles constituent un investissement stratégique au service des agents, de la qualité du service public et de l’attractivité de nos administrations.
Nous continuerons à porter cette ambition dans toutes les instances, avec une ligne claire : anticiper plutôt que réparer, prévenir plutôt que subir, protéger plutôt que constater.
Parce que derrière chaque indicateur, chaque statistique ou chaque plan de prévention, il y a des femmes et des hommes qui font vivre le service public. Et leur santé ne se négocie pas.